Vu sur le Web (Corse Matin) ► À la tête d’une startup accompagnée par l’incubateur insulaire Inizià, deux trentenaires, Abdallah Slaiman et Jean-Christophe Filippini, entendent bien changer le regard que porte le grand public sur le mouvement hip-hop.


Abdallah Slaiman (à gauche) et Jean-Christophe Filippini devant un graffiti signé Mako Deuza. Les deux associés ont monté une start-up qui fait la promotion des artistes de la culture urbaine

Attablés à la Conca aux côtés de l’un de leur business angels, Abdallah Slaiman et Jean-Christophe Filippini s’apprêtent à retrouver le grapheur Mako Deuza, installé depuis quelques années à Ajaccio.

Il y a trois ans, les deux associés ont monté une start-up baptisée Hiya ! autour d’un concept relativement simple : un réseau social de géolocalisation permettant à des proches de rester connectés et se suivre en temps réel. Une idée qui, selon Abdallah Slaiman, permet aux personnes de ne pas rester enferrées dans "une image virtuelle d’elles-mêmes" mais leur propose de vivre de "nouvelles expériences", concrètes, celles-là.

En 2018, le binôme d’entrepreneurs trentenaires, dont la société est basée à Bastia, affine le concept. Et change le fusil d’épaule en entrant dans l’incubateur territorial insulaire Inizià.

Hiya ! devient alors le média d’une communauté issue de la culture urbaine du street art, du break dance, du parkour, du skate. Ils diffusent des contenus pour ces artistes underground relativement peu connus du grand public (interviews, articles, clips, œuvres vidéo, etc.), font la promotion des marques qui s’associent à cette création.

Et montent des événements et des performances, comme leur premier festival, Revolt, organisé en avril dernier dans le 3e arrondissement de Paris. Le magazine Les Inrocks salue alors l’arrivée de ces nouveaux venus "au projet hyperactif accompagné par l’incubateur corse".

Abdallah Slaiman explique : "Hiya ! est un média de culture urbaine . L’idée est de reconnecter les êtres autour d’expériences authentiques et de rendre à l’artiste la place qui est la sienne dans notre société en expliquant leur œuvre, leur philosophie, leur message."

Une casquette estampillée d’un large "free artists" sur la tête, un tee-shirt pop, le jeune homme dont le père syrien a exercé un temps au service de radiologie de l’hôpital d’Ajaccio et dont l’enfance s’est déroulée entre la Corse et les pays du Golfe, ressemble assez peu à la photo diffusée il y a deux ans dans le journal en ligne de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Yellow et Black

On y voit un garçon d’allure plutôt conventionnelle, une parka sur le dos, le visage poupin. Il y raconte alors son double cursus droit-gestion et ses multiples premières entreprises : un réseau mettant en liens chargés de TD et étudiants en difficulté, une société de transport, une école de formation pour chauffeur VTC, un service pour la promotion de joailliers au Moyen-Orient. Et enfin la start-up Hiya ! qu’il développe avec son associé, un Bastiais rencontré à Paris : Jean-Christophe Filippini, alors directeur artistique d’une agence parisienne de pub.

Plus réservé que son associé, il évoque toutefois son enfance bastiaise, ses études à Corte en communication et ses premiers pas à Paris. Les deux trentenaires se rencontrent la première fois chez des amis corses. Ils se découvrent "la même vision du monde" ainsi que la même soif d’entreprendre - à l’âge de 17 ans, le Bastiais a créé un site internet pour les amateurs de jeux vidéo. "J’étais à la recherche d’un projet capable de m’émanciper, de rencontrer des artistes et de créer avec eux", se souvient Jean-Christophe Filippini, alias Mr Black. Abdallah Slaiman est, lui, Mr Yellow. Des noms de codes qui font référence à Reservoir Dogs, le film culte d’une génération.

Graffeurs artistes peintres

Crey 132, le rappeur Mathias Cassel du groupe Assassin, ou encore le graphiste "vandal" parisien Comer OBK... ils sont une trentaine d’artistes à être déjà entrés dans le réseau Hiya !, assurent les deux associés. "Ce sont des graffeurs qui se définissent comme des artistes peintres. Pour certains, ils ont atteint un niveau d’excellence dans leur art."

De leurs côtés, les artistes y trouvent leur compte : "C’est un concept qui nous permet de mutualiser et fédérer nos forces, nos talents et organiser des expositions. Ils sont pour nous une sorte de community managers qui nous permettent de toucher un plus large public", fait valoir Jungle, artiste plasticien du street art dont l’atelier est à St-Denis.

Le graffeur Crey 132 apprécie pour sa part "l’état d’esprit bon enfant de Hiya !, fidèle à l’histoire et à l’œuvre des artistes".

Le "strategic board" de la société est à l’image des deux associés : cosmopolite. Il compte une dizaine de noms ; des entrepreneurs de l’Internet et des hommes d’affaires comme le japonais Yasuhiko Sata, présenté comme le leader de la distribution de matériel médical au Japon et en Chine.

"Ce qui est intéressant, c’est qu’ils donnent une tout autre perception de la culture du street art qu’on peut découvrir ainsi comme un véritable mouvement artistique", note le Dr Paul Marcaggi, un autre investisseur de Hiya !, que les deux associés ont rencontré à Shanghai.

Bien intégrée à l’univers des start-up parisiennes, c’est bien de Corse, assurent les deux entrepreneurs, que la société Hiya ! entend prendre son envol pour, espèrent-ils, rayonner en France et à l’international.

► Un article de Caroline MARCELIN – Corse Matin