Vu dans la presse (Corse-Matin du mardi 21 avril 2020) ► Pour permettre aux porteurs de projet d'aller de l'avant, Inizià, l'incubateur d'entreprises innovantes, mise désormais sur des ateliers virtuels chaque vendredi. Sans surprise, le contexte sanitaire et ses conséquences économiques monopolisent l'attention à chaque fois.

Inizia maintient le cap de façon à faire éclore les entreprises de demain. L'épidémie de coronavirus ne change rien à la stratégie de l'incubateur d'entreprises innovantes, à quelques clics près cependant.

"Notre rôle consiste à proposer un accompagnement individualisé. Ce qui consiste à aider les entreprises à lever des fonds, à mener à bien leurs projets, à se développer, tout simplement", indique Emmanuel Pierre, directeur d'Inizia.

L'approche implique aussi de mettre à contribution des experts locaux ou nationaux. Sans surprise, dans le périmètre de la crise sanitaire, de nouvelles problématiques ont émergé.

"Lorsque nous sommes entrés dans cet épisode sans précédent, nous avons évalué les difficultés que nos startupers rencontraient et leurs besoins en conseil", indique le responsable.

Dans le même temps, les méthodes de travail s'appareillent aux mesures de confinement en vigueur. On reste aux côtés des entreprises mais autrement.

On supprime l'acte physique. Mais on conserve l'état d'esprit. "Outre la poursuite de notre mission quotidienne, nous avons fait le choix d'organiser un cycle de conférences hebdomadaires, interactives, en ligne, des webinars - contraction de web et de seminars -", explique-t-il. Les ateliers virtuels durent en moyenne une heure et demie. Ils se déroulent le vendredi et réunissent, entre autres, les porteurs de projets, le directeur et le président, Alexandre Vinciguerra, ainsi que toute l'équipe d'Inizia.

En ligne, on retrouve aussi différents partenaires, tels que Jean-Laurent Vellutini, directeur de la délégation régionale à la recherche et à la technologie de Corse.

À chaque fois, c'est un intervenant extérieur qui donne le ton. "Le 10 avril, par exemple, Cyril del Gatto, consultant chez Ioda Consulting, a abordé, pour la communauté Inizia, la thématique : la gestion de crise en mode start-up ou comment tirer profit des mesures financières et fiscales dédiées et optimiser le pilotage de sa trésorerie. La semaine suivante, Virginie Corvellec, du cabinet conseil en innovation Mandarine CODI, avait privilégié les ressources humaines, et intitulé son intervention : l'équipe de start-up, des premiers associés aux premiers salariés. Ce vendredi, il sera question du pilotage de la gestion de trésorerie en période de crise", énumère le responsable.

Stratégie offensive


Les discussions reflètent des préoccupations actuelles. "Pour les start-up comme pour toutes les entreprises, la trésorerie figure au centre des inquiétudes. Le carnet de commandes ne se remplit pas. Les levées de fonds sont devenues nettement plus difficiles, même si la procédure n'est pas à l'arrêt", assure le dirigeant. Autant de paramètres qui dénotent d'une activité en berne pour le plus grand nombre. Même si quelques rares exceptions ont vu le jour dans le domaine numérique, en particulier. "À titre d'exemple, le confinement a incité un nombre non négligeable de personnes à s'abonner aux services proposés par l'école de musique en ligne. Ce regain d'activité demeure marginal. La plupart des start-up, pour avancer, ont besoin de lever des fonds, d'avoir de premiers clients et de se fixer des perspectives commerciales à court et moyen terme. Mais le coronavirus bouleverse ce calendrier", admet le directeur.

Alors, chaque vendredi, on informe les porteurs de projets sur les dispositifs d'aide existants, tout en faisant en sorte qu'ils les utilisent à bon escient. "Il y a les outils mis à disposition par le gouvernement et la stratégie pour les utiliser au mieux", résume-t-on du côté d'Inizia.

Dans ce contexte sanitaire, l'incubateur estime, en plus, avoir un rôle d'intermédiaire à tenir. "Il est important que les pouvoirs publics libèrent au plus vite les fonds et allègent les procédures s'agissant des dossiers de financement en cours. L'agence de développement économique de la Corse (Adec) nous a promis d'agir en ce sens. La caisse de développement de la Corse (Cadec), pour sa part, a mis en place des reports d'échéances", souligne-t-on.

L'offensive sera générale. Parce qu'on a identifié un vide. "Nous sommes là aussi pour convaincre les pouvoirs publics qu'il reste encore des trous dans la raquette et pour les convaincre de trouver des solutions avec l'existant. L'État, et c'est compréhensible d'une certaine manière aussi, a privilégié des secteurs d'activité très tendus qui représentent en volume bien plus que les start-up. Cette catégorie d'entreprises ne bénéficie pas de mesures propres. Même si BPI a commencé à s'engager dans cette voie mais la démarche ne vaut que pour une partie des start-up seulement", constate Emmanuel Pierre.

Pour autant, toutes ont des défis spécifiques à relever. "Ces structures disposent de peu de trésorerie en règle générale. La plupart n'ont pas démarré leur activité commerciale. Leurs revenus dépendent de fonds levés et des subventions publiques", observe le directeur. Plus le projet est avancé et plus la start-up sera sensible à l'épidémie. "Il y aura de la casse parmi celles qui ont pris de l'ampleur et qui ont commencé à salarier des gens", déplore-t-il. Les autres marquent le pas. En attendant de pouvoir relancer la dynamique.

Pour l'heure, Inizia accompagne quinze start-up en incubation. Soixante projets actifs et donc sortis d'incubation font l'objet d'un suivi.

Pour les mois à venir, l'incubateur anticipe "un tassement des nouveaux projets", par la force des choses. "Nos prescripteurs sont moins présents sur le terrain. Nous réalisons moins d'animations et, par conséquent, nous détectons moins de projets."

En prime, l'épidémie bride l'audace.


Par : Véronique Emmanuelli
Publié le: 21 avril 2020 à 17:32